
Prime de Stage d’immersion : Le ministère annonce 75.000 FCFA l’Agence Emploi Jeune paie 45.000 FCFA
En Côte d’Ivoire, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 75 000 FCFA depuis le 1er janvier 2023. Une décision censée consacrer une meilleure protection des travailleurs. A l’inverse, dans le cadre du Programme spécial de stages d’immersions 2026, l’Agence Emploi Jeunes fixe une prime mensuelle de 45 000 FCFA. Un écart qui interroge quand on sait que depuis le 1er janvier, cette prime a été revalorisée.
Le gouvernement ivoirien avait pourtant clairement affiché son ambition. Le 1er janvier 2023, le SMIG est passé à 75 000 FCFA, conformément au décret n°2022-986 du 21 décembre 2022 portant revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti. Une mesure qui avait pour ambition de relever le pouvoir d’achat et la dignité des travailleurs. Sur le papier, le message est limpide. En dessous de 75 000 FCFA, point de salut !
Rémunération
Dans le cadre de sa mission de promotion de l’employabilité des jeunes, le ministère de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, à travers l’Agence Emploi Jeunes, a lancé les inscriptions au Programme spécial de stages d’immersion 2026. Initiative louable. Le principe est séduisant, permettre à des jeunes âgés de 16 à 30 ans, régulièrement inscrits dans un établissement secondaire ou supérieur, de découvrir le monde professionnel. A travers un stage de trois mois allant de juin à août 2026. Rien à redire. Le hic, c’est la rémunération. On pourra rétorquer qu’il ne s’agit que d’une prime de stage d’immersion. N’empêche, elle tranche avec le SMIG. C’est là que le débat commence. Sur le terrain, les stagiaires ne touchent que 45 000 F CFA, comme à Agboville et Abobo selon des témoignages recueillis par www.letau.net. Et confirmé par l’Agence Emploi Jeune d’Agboville.
45 000 F CFA
Joint au téléphone par la rédaction le vendredi 28 août 2026, un responsable de ladite agence a confirmé les faits. « Les primes des stages d’immersion sont à 45.000 FCFA ». Pour mieux comprendre la situation, www.letau.net a pris langue avec le ministère de la jeunesse et de l’emploi. « Si vous suivez l’actualité, vous verrez bien que depuis janvier 2026, la prime mensuelle pour les jeunes en stage d’immersion a été revalorisée à 75.000 Fcfa depuis le 1er Janvier 2026 », a réagi un collaborateur du ministre Mamadou Touré. Il ne sait sans doute pas que le terrain a ses réalités.
Enjeu
Il ne s’agit pas seulement d’un écart. Ce qui est en jeu, c’est la cohérence de l’action publique. Clamer une revalorisation et maintenir le statu quo entame la crédibilité de l’action gouvernementale. Politiquement, ça ressemble à faire passer l’Etat pour une entité qui ne respecte pas la parole donnée. Quel message envoie-t-on à cette jeunesse que l’État appelle précisément à croire en son employabilité ? Travaillez, formez-vous, immergez-vous dans l’entreprise… mais acceptez d’être rémunérés 40 % sous le salaire minimum. Le contraste est saisissant. D’un côté, le gouvernement revalorise le SMIG pour améliorer les conditions de vie des travailleurs. De l’autre, un programme public destiné aux jeunes ne suit pas. Même si la qualification juridique de cette prime est différente du salaire, l’État se retrouve face à une contradiction : comment prêcher la valorisation du travail tout en donnant l’impression de le sous-valoriser lorsqu’il s’agit des jeunes ?
Le plus troublant est que cette situation concerne un peu plus de 70% de la population. Celle que les pouvoirs publics affirment vouloir aider à s’émanciper, s’épanouir et atteindre l’autonomie financière. Le stage d’immersion ne devrait en principe pas être le prétexte pour servir à la jeunesse un avant-goût de ce qui l’attend dans la vraie vie. A moins que l’objectif ne soit de lui faire expérimenter l’immersion dans les eaux profondes de la précarité avant l’heure.
