
Temps de pénitence chrétien et musulman :On jeûne pour Dieu, on paie pour le marché
En cette période de pénitence : Carême (chrétien) et de Ramadan (musulman), temps de pénitence, de sobriété et de partage, la question du coût de la vie revient avec insistance. Dans les rues, les quartiers et les marchés, des consommateurs constatent une hausse des prix des denrées alimentaires. Une situation qui suscite des interrogations et des critiques, malgré les assurances des autorités.
Dans les marchés de proximité, notamment à Akouédo, ce mercredi 18 février 2026, l’ambiance est marquée par la prudence dans les dépenses. Plusieurs clients affirment adapter leurs habitudes à l’évolution des prix. « On sent que les prix ont augmenté sur plusieurs produits de base. Même pour des repas simples, le budget a changé. Or le carême est un moment de simplicité. Cela devient un défi pour certaines familles », explique Brigitte K., affairée à se ravitailler chez une vendeuse de fruits et légumes.
Son constat est le même que celui de Jean-Marc K., rencontré à proximité de Chic Shop : « On nous appelle à la modération, mais quand les prix montent, ce sont surtout les plus modestes qui souffrent. Le riz simple coûte plus cher qu’avant », se plaint cet entrepreneur qui dit avoir entamé cette période de jeûne avec beaucoup d’inquiétudes.
Même son de cloche chez Elyse F., esthéticienne de formation. Elle estime que cette tendance n’est pas en conformité avec l’esprit de pénitence. « À chaque période de jeûne ou de fête, on observe les mêmes hausses. On a l’impression que certains profitent de la forte demande », s’indigne-t-elle.
Du côté des commerçants, on évoque surtout les coûts d’approvisionnement. « Les prix ne montent pas seulement ici. Chez les fournisseurs aussi, ça augmente. Transport, stockage, variation des livraisons : tout cela joue sur le prix final », affirme Daouda K.
Responsabilité
Face à cette situation, des responsables religieux ont décidé de monter au créneau en appelant à la responsabilité collective. L’imam Traoré Moussa, de la mosquée de la Riviera Triangle, rappelle que « le carême est une école de sobriété. Il invite à réduire les excès, à partager et à éviter la spéculation. Chacun, vendeur comme acheteur, doit garder cet esprit ».
Un avis partagé par le père Franck, de la paroisse Notre-Dame de la Tendresse, sise à la Riviera Golf : « Dans les principes, l’esprit de pénitence doit pouvoir produire l’effet contraire. Parce que tous, en principe, nous avons une relation avec Dieu. Puisque le temps de carême est un temps qui nous invite à la générosité, on ne peut pas être généreux en essayant de pouvoir hausser les prix, pratiquement, des denrées », explique-t-il.
Assurance
Le ministère du Commerce se veut rassurant quant à l’approvisionnement du marché national. Selon des données publiées sur sa page Facebook, le ministre Khalil Ibrahim Konaté affirme que les stocks de produits de grande consommation sont jugés suffisants pour couvrir plusieurs mois de besoins. Les chiffres avancés font état de plus de 501 000 tonnes de riz et de plus de 90 000 tonnes de sucre disponibles, soit une couverture estimée entre trois et six mois. La disponibilité est également annoncée pour d’autres produits essentiels tels que la tomate, dont le prix est fixé à 900 FCFA, l’huile de palme et les pâtes alimentaires. Le ministre précise, par ailleurs, que des contrôles se poursuivent sur le terrain, notamment en ce qui concerne l’affichage des prix et le respect des prix plafonnés.
De son côté, Dr Ranie Didice Bah-Koné, secrétaire exécutive du Conseil national de la lutte contre la vie chère (CNLVC), s’est également voulue rassurante lors de la tribune dénommée « Tout savoir ». « Globalement, les prix de ces produits manufacturés de grande consommation ne dépassent pas les plafonds fixés par les différents arrêtés portant plafonnement des prix », a-t-elle indiqué.
Concernant les pâtes alimentaires de référence de 200 g, les prix varient entre 195 FCFA et 225 FCFA selon les marques. Pour la tomate concentrée, la boîte de référence de 2,2 kg est vendue entre 2 500 FCFA et 2 535 FCFA, soit bien en dessous du prix plafond de 2 800 FCFA en vigueur depuis septembre 2023. Ces mesures visent à protéger les consommateurs durant cette période sensible.
