
Retour vers le futur
Pourquoi croire que le système hérité de Félix Houphouët-Boigny – aussi visionnaire fût-il – prospérerait-il aujourd’hui là où il n’a pas survécu six ans après sa disparition ?
La publication du décret n°2026-84 du 4 mars 2026, rendue publique le week-end écoulé, aura eu au moins un mérite. Confirmer ce qui jusque-là relevait de la rumeur relative aux grandes manœuvres en cours pour organiser la transmission générationnelle du pouvoir d’État. Mille fois annoncée, mille fois différée au nom de la raison d’État.
A la lecture de ce décret, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le Vice-premier ministre, semble désormais engagé sur une voie royale pour prendre la succession du grand chef.
Un scénario aux airs de déjà-vu conçu par le génie politique local qui consiste à maintenir le statu quo en lui conférant des apparences de renouveau.
L’histoire politique récente de notre pays invite cependant à la prudence.
Hier comme aujourd’hui, nos dirigeants s’obstinent à reproduire des schémas de succession qui se sont avérés inopérants, sur le long terme. Pis, qui ont laissé de profondes fractures dans le corps social, sur fond de divisions ethniques et de rivalités politiques.
Pourquoi croire que le système hérité de Félix Houphouët-Boigny – aussi visionnaire fût-il – prospérerait-il aujourd’hui là où il n’a pas survécu six ans après sa disparition ?
Les alliances actuelles, les allégeances de circonstance ressemblent davantage à une unité de façade commandée par la conjoncture actuelle et les circonstances qu’à un véritable projet politique destiné à perdurer.
L’histoire du PDCI-RDA est éloquente à ce propos. Les rivalités internes qui couvaient tant que « Le vieux » vivait, n’ont-elles pas fini par acter la naissance du Rassemblement des Républicains (RDR) en 1994, ouvrir la voie au coup d’État de 1999 ?
Il faudrait éviter d’avoir la faiblesse de croire que parce qu’elles sont actuellement bridées, des ambitions n’existent pas au sein du Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).
Sur l’échiquier politique ivoirien, le calme apparent trahit parfois des avis de tempête. Rien ne garantit que les équilibres actuels résisteront à l’usure du temps. En persistant dans ce schéma, nos dirigeants donnent le sentiment de n’avoir rien retenu du passé. Pire, de chercher à rejouer le sempiternel épisode de la tragédie ivoirienne dont les stigmates balafres notre communauté de destin. Quitte à nous nous servir une version tropicalisée de « Retour vers le futur ».
