L'Editorial

CNRA : Le ministre savait !

Une décision du Conseil des ministres du 30 mai 2018 avait clairement tracé la voie. Un plan de relance destiné à remettre durablement le CNRA au service du développement agricole et de l’économie nationale. Parmi les mesures phares figurait la sécurisation du patrimoine foncier de la structure, estimé à 27 000 hectares, avec une procédure visant à le déclarer d’utilité publique.

Jusqu’où les Ivoiriens sont-ils prêts à aller dans la course effrénée à l’argent et aux biens matériels ? Le nouveau sport national qui rythme notre quotidien.

Les tentatives d’accaparement du patrimoine foncier du Centre national de recherche agronomique (CNRA) éclairent d’un jour nouveau les dérives d’une société qui ne s’impose plus aucune limite dans sa quête du profit personnel. La preuve, à l’institut Frobel d’Anoumabo, dans la commune de Marcory, l’opinion publique a découvert ahurie, la pénalité pour retard de paiement des frais d’écolage. La Direction générale des impôts devrait en prendre de la graine. L’intérêt général s’effrite sous les coups du « chacun pour soi » !

Au Km17, la mafia du foncier a jeté son dévolu sur des terres expérimentales. Pas n’importe lesquelles ! Des terres stratégiques, dédiées à la recherche agronomique, où se développent des variétés capables de résister au changement climatique et, à terme, de garantir notre sécurité alimentaire.

À toutes fins utiles, rappelons que l’agriculture contribue à environ 27 % de notre produit intérieur brut. Autrement dit, de ces terres dépend notre avenir à tous. Ailleurs, elles seraient érigées en sanctuaire.

Lors d’une conférence de presse tenue à Abadjin-Doumé, certains acquéreurs, qui n’en ont rien à cirer et hurlent plus fort que les propriétaires terriens, ont avancé un argument pour le moins déroutant. L’accès au logement fait partie des priorités du gouvernement.

Faut-il donc opposer le logement à la sécurité alimentaire dans un pays où nos actes sont guidés par le besoin de manger ? Sacrifier la recherche agricole sur l’autel de la spéculation foncière ? Il ne reste plus qu’à proclamer qu’on mange béton.

Le plus troublant reste la délivrance des ACD dont se prévalent ces candidats à la propriété. Selon leurs déclarations, ces documents leur ont été attribués par les services du ministère de la Construction, dirigé par Bruno Koné. Ces adeptes de l’insécurité alimentaire ont même révélé que c’est en 2019 que le ministre a fait approuver leur lotissement.

Or, une décision du Conseil des ministres du 30 mai 2018 avait clairement tracé la voie. Un plan de relance destiné à remettre durablement le CNRA au service du développement agricole et de l’économie nationale. Parmi les mesures phares figurait la sécurisation du patrimoine foncier de la structure, estimé à 27 000 hectares, avec une procédure visant à le déclarer d’utilité publique.

Le ministre, qui a insisté auprès des acquéreurs – ce sont eux qui l’affirment – pour qu’ils questionnent en 2020 la légitimité des prétentions du CNRA, ne peut pas dire qu’il ne savait pas.

Ce qui ressemble à un banal litige foncier dans un pays à la terre si fertile qu’elle en produit à la pelle, interroge notre capacité à ériger des digues contre les dysfonctionnements structurels qui menacent notre existence collective.

Un pays incapable de s’indigner quand certains échangent les terres de sa recherche agricole contre des billets de banque ou autres avantages, n’hypothèque pas seulement son foncier, il joue avec sa vie !

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