
Affaire Epstein : Ce silence assourdissant des autorités ivoiriennes …
C’est une règle universelle. Plus un scandale est grave, plus la parole publique est attendue. Mais dans le cas des ramifications ivoiriennes de l’affaire Jeffrey Epstein, c’est l’inverse. Alors que des documents déclassifiés mentionnent des connexions jusqu’aux abords du pouvoir, les autorités, d’ordinaire si promptes à commenter les sujets brûlants, ont opté pour une posture aussi rare qu’éloquente : le silence assourdissant.
Le nom de Jeffrey Epstein, financier américain mort en 2019 dans des circonstances troubles, reste associé à l’un des plus vastes réseaux d’exploitation sexuelle. Impliquant des personnalités influentes à travers le monde. Ce qui relevait jusque-là d’un scandale lointain semble se rapprocher des bords de la lagune Ebrié.
Révélations
Des échanges révélés dans des dossiers judiciaires américains mentionnent Nina Keita, nièce du président Alassane Ouattara, épouse du ministre Adama Kamara et cadre à la Gestoci. Selon ces éléments, elle aurait facilité des contacts, des séjours et des rencontres impliquant Epstein, notamment à Abidjan.
Ces faits, s’ils sont avérés, posent un problème réel. C’est à se demander comment un homme aujourd’hui reconnu comme un prédateur sexuel international a-t-il pu accéder à des sphères aussi sensibles sans déclencher le moindre signal d’alerte institutionnel ?
Passé judiciaire …
Surtout que Epstein n’était pas un inconnu. Dès 2008, il avait déjà été condamné aux États-Unis pour des faits liés à des mineures. Son nom figurait déjà dans les bases de données judiciaires. Son profil était connu. Son passé était documenté. Il n’était ni discret, ni anonyme, ni irréprochable. Pourtant, il aurait circulé, rencontré, échangé.
Silence…
Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas seulement la gravité potentielle des faits, mais l’absence totale de réaction officielle. Dans un pays où une simple publication Facebook peut déclencher une audition. Un pays où l’appareil judiciaire et politique sait faire preuve d’une célérité remarquable lorsqu’il s’agit de défendre l’image de l’État, cette inertie soudaine surprend. Aucun communiqué, aucun démenti depuis les révélations choc du Fbi et des médias internationaux. Pas une once de préoccupation. Comme-ci ces révélations n’avaient jamais existées. Plus grave encore ,Jeffrey n’aurait jamais mis les pieds à Abidjan. Pourtant une image largement diffusée le montrant attablé chez la famille Bakayoko (ex premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko) montre le contraire.
Amnésie
Ce silence tranche avec l’habituelle réactivité des autorités sur des sujets pourtant moins explosifs. Il donne l’impression d’un pouvoir soudain frappé d’amnésie institutionnelle. Or, dans les démocraties modernes, le silence face à un scandale n’est jamais une réponse neutre. Il devient lui-même une réponse. Et souvent, la pire. Car le silence crée un vide. Et ce vide est immédiatement rempli par les soupçons.
Morale…
Au-delà de l’aspect sulfureux de cette affaire de mœurs, l’enjeu est profondément institutionnel. Un État tire sa crédibilité de sa capacité à affronter les zones d’ombre, pas à les contourner. Lorsqu’un pays apparaît, même indirectement, dans un scandale international de cette ampleur, il ne s’agit plus de protéger des individus, mais de protéger la réputation nationale. Ici chaque absence de clarification nourrit un peu plus le doute.
Voix…
Lasses d’attendre une réaction des autorités, des voix se sont élevées en réaction à cette sordide affaire. C’est le cas de Willy Neth, président de la ligue ivoirienne des droits de l’homme. Pour qui, une seule une enquête impartiale pourrait mettre fin à ce chaos « Dans des affaires qui ont cette résonance internationale là, l’émotion et les réseaux sociaux peuvent créer un climat de condamnation anticipée. Face à des correspondances qui semblent évoquer des faits potentiellement graves, il ne nous appartient ni de condamner ni d’absoudre qui que ce soit. Si des indices crédibles existent, qu’un lien avec la Côte d’Ivoire est établi, il est normal voire indiqué que l’autorité judiciaire se saisisse du dossier non pas sous la pression médiatique mais pour vérifier les faits avec rigueur et sans considération des personnes impliquées […] la recherche de la vérité exige une certaine méthodologie et une certaine rigueur qui doivent respecter les droits de toutes les parties », a-t-il déclaré au micro de RFI.
Qu’à cela ne tienne. On peut aisément comprendre les autorités ivoiriennes. Dans cette affaire, parler est risqué. Le silence, lui, ne se contredit jamais. Et puis, dans un pays où tout va officiellement bien, il serait quand même dommage de gâcher une si belle tranquillité avec des explications.
