
Côte d’Ivoire -Blanchiment de capitaux : Les déclarations glaçantes de Lionel PCS
Des dizaines, voire des centaines de millions de francs CFA misés et gagnés en ligne. Aucun emploi déclaré. Aucun compte bancaire. Des partenariats “marketing” sans contrat signé. À l’heure où la Côte d’Ivoire lutte pour sortir de la liste grise du GAFI, le procès de Lionels Pcs, Apoutchou National etc, dépasse le simple fait divers : il met en cause la crédibilité des mécanismes mis en place pour lutter contre les flux financiers illicites…
Poursuivi devant le Pôle pénal économique et financier aux côtés de trois autres prévenus, dont Apoutchou National, Lionel PCS s’est présenté à la barre le mardi 10 février 2026. Une audience très attendue. Et pour cause : les montants évoqués donnent le vertige.
Les chiffres…
À 22 ans, le jeune homme qui est poursuivi pour infraction à la réglementation des relations financières extérieures, blanchiment de capitaux et prise illicite de paris sur les réseaux électroniques, se présente comme pronostiqueur sportif. « Je fais des analyses sur des événements sportifs (…) Je place mon pari sur le site BETWINNER, puis j’envoie mon pronostic sur mes différentes pages. Il n’y a que Telegram qui me rémunère. Je fais aussi la promotion de 1XBET. J’ai un projet marketing avec eux. Je n’ai signé aucun papier, mais j’ai une commission de 25 % sur les joueurs que je ramène », a-t-il déclaré à la barre. Avant de parler de chiffres : 28 millions FCFA misés sur un match… perdus.25 millions FCFA misés… pour un gain de 70 229 203 FCFA. 38,6 millions FCFA engagés… pour un gain de 171 950 223 FCFA. En novembre 2024, 25 millions misés pour un gain de 53 millions. Le tout sans compte bancaire. Le parquet, logiquement, s’interroge. Et le pays avec lui.
Traçabilité…
Comment démarre-t-on concrètement une activité nécessitant 28 millions FCFA pour un premier pari ? D’où provient ce capital initial ? Comment un jeune homme, sans emploi déclaré, sans compte bancaire et sans structure juridique connue peut-il engager et encaisser des dizaines, voire des centaines de millions ? Les plateformes de mobile money sont plafonnées. Les transactions électroniques laissent des traces. Les transferts internationaux sont encadrés. Alors par quels canaux techniques ces flux financiers ont-ils circulé ? S’il s’agit d’argent réel, il existe forcément une traçabilité.
Gafi…
Dans un pays inscrit sur la liste grise du Groupe d’Action Financière (GAFI) pour insuffisances dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ces questions ne sont pas anecdotiques. Elles sont stratégiques. Chaque affaire de ce type alimente les soupçons d’opacité financière.
Zone d’ombre…
Autre zone d’ombre : la nature des comptes utilisés. Dans l’univers des paris sportifs en ligne, l’usage de comptes de démonstration est courant. Ils permettent de simuler des mises élevées et d’afficher des gains fictifs à des fins promotionnelles. Prenons un exemple simple celui de la finale de la récente coupe d’Afrique des nations. Un parieur affiche un pari de 20 millions FCFA sur une victoire cotée à 2,75. L’équipe gagne. Il exhibe un coupon montrant un gain spectaculaire. Si le pari a été placé sur un compte démo, aucun franc CFA réel n’a été engagé ni gagné. Il est donc essentiel de se demander ce qui prouve que les montants avancés correspondent à des fonds effectivement déposés, engagés et retirés. Dans une procédure pour blanchiment, la frontière entre réalité financière et mise en scène numérique est capitale.
Incohérences…
Lionel PCS affirme parier sur BETWINNER tout en faisant la promotion de 1XBET. Il évoque une collaboration marketing, sans contrat signé, avec une commission de 25 %. Dans un secteur aussi réglementé que celui des jeux d’argent, comment une marque internationale peut-elle verser des commissions substantielles sans cadre contractuel formel ? Comment ces commissions sont-elles payées sans compte bancaire ?
Blanchiment …
Pire encore, le site utilisé n’est pas agréé en Côte d’Ivoire, ce qui fait que la licéité des gains est immédiatement contestable. Nous ne sommes plus dans l’anecdote d’un influenceur flamboyant. Nous sommes face à une mécanique financière qui, s’apparente à un schéma typique de blanchiment : justification de flux massifs par une activité difficilement vérifiable, numérique, transfrontalière et opaque.
Enjeu …
La Côte d’Ivoire figure sur la liste grise du GAFI. Cela signifie que la communauté financière internationale observe de près ses dispositifs de lutte contre le blanchiment. Chaque dossier traité avec légèreté fragilise la crédibilité du pays. Chaque flux financier inexpliqué nourrit la suspicion des partenaires étrangers. Chaque faille réglementaire coûte en attractivité, en investissements et en réputation. Ce procès est donc un test. Non seulement pour les prévenus, mais pour l’État lui-même.
Le procès faut-il le souligner, a été renvoyé au mardi 24 mars 2026 pour la suite des débats, réquisitions et plaidoiries. D’ici là, une chose est sûre : dans un pays sous surveillance financière internationale, les millions virtuels ne peuvent pas rester éternellement… hors ligne. Parce qu’au final, blanchir de l’argent en ligne, c’est comme parier sur un match truqué : ça peut passer un temps… mais l’arbitre finit toujours par regarder la VAR.
