
Côte d’Ivoire : Bictogo, le grand oublié du recyclage
72 h après la formation du nouveau gouvernement, la vague de nominations opérées par le président Alassane Ouattara, ce lundi 26 janvier 2026, apparaît comme un tri politique assumé. Dans ce grand ménage feutré, Adama Bictogo l’ancien président de l’Assemblée nationale reste désormais le grand oublié …
La liste des heureux élus est éloquente. Kobénan Kouassi Adjoumani, Laurent Tchagba, Ahoussou Kouadio Jeannot, Mamadou Sanogo, Mabri Toikeusse, Bouaké Fofana : tous anciens ministres, aujourd’hui recyclés ministres conseillers du chef de l’Etat. Un poste avec confort institutionnel maximal. Bref, un parking politique haut standing. Le message est clair : la fidélité est récompensée, même après usage intensif.
L’oublié…
Dans cette distribution généreuse, une absence crève l’écran : Adama Bictogo. Ancien président de l’Assemblée nationale, ex-troisième personnalité de l’État, il a d’abord été délogé du perchoir, remplacé par Patrick Achi, avant d’être totalement effacé de la photo de famille présidentielle. À ce niveau de pouvoir, l’oubli n’existe pas. Il n’y a que des mises à l’écart soigneusement organisées.
Scandales…
Le début de ce qui ressemble à une disgrâce politique coïncide avec une séquence judiciaire embarrassante. Le 3 janvier 2024, la Cour des comptes publie un rapport qui fait l’effet d’une bombe froide : pour l’année 2022, 792 000 FCFA seulement reversés à l’État au titre des recettes issues des cartes nationales d’identité et passeports. Un chiffre jugé aberrant au regard des activités de SNEDAI, entreprise associée à l’ancien PAN. SNEDAI dément, parle de comptes séquestres, de respect contractuel. Mais en politique, la présomption d’innocence n’a jamais pesé lourd face à la présomption de nuisance.
Dans le même temps, des enquêtes internes et judiciaires sont ouvertes pour des détournements dépassant 1,6 milliard FCFA, impliquant d’anciens collaborateurs. Suffisant pour transformer un allié encombrant en risque systémique.
Trop populaire…
Autre faute impardonnable : Bictogo s’entend très bien avec l’opposition. Dans un système où la loyauté se mesure à l’isolement, cette popularité transversale devient suspecte. Selon plusieurs sources, cette posture lui vaut aujourd’hui une mise en quarantaine politique au sein même de son camp. Crime de lèse-majesté, on lui prête l’ambition de vouloir succéder à Ouattara…
Classique…
L’histoire récente offre des précédents instructifs. Guillaume Soro, ex-bras droit du régime, bascule dans l’opposition en 2019. Résultat : condamnation à 20 ans de prison en avril 2020, exil, effacement institutionnel. Hamed Bakayoko, loyal jusqu’à son décès le 10 mars 2021, avait déjà vu son influence se réduire, preuve qu’au sommet de l’État, la fidélité n’est qu’un sursis. Le schéma est immuable. Le pouvoir fabrique ses hommes, le système les utilise, puis les neutralise dès qu’ils deviennent imprévisibles.
Autonomie…
Adama Bictogo semble payer moins pour ses affaires que pour son autonomie politique. Il semble évident qu’au RHDP on peut être puissant, riche, influent… mais jamais indépendant. Finalement ce qu’il faut retenir c’est qu’en Côte d’Ivoire surtout au sommet, on ne tombe pas toujours à cause d’une faute. Parfois, on tombe simplement parce qu’on tient encore debout tout seul.
